Olivier Faes Compositeur
 

De la guerre, de l’amour et des poètes :

Chorea recrute des choristes


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1 La tranchée des baïonnettes                     (Maurice Faës)

2 Ode martiale                                                        (Fernando Pessoa)

3 O échanson                                                           (Djalâl ud-Dîn Rûmî)

4 La victoire de Guernica                               (Paul Eluard)

5 Fleurs d’été                                                          (Tamiki Hara)

6 Je ne suis pas le fils d’un roi                     (Antara Ibn Chadded el'Absi)

7 L’Annonciation                                                (Maurice Faës)




1


La tranchée des baïonnettes,

Maurice Faës

(mon oncle Maurice Faës est un poète angevin. Il est âgé de 92 ans)


Athéna

aux bras blancs,

aux yeux brillants

dit à Cadmos :

« Tue le Dragon Cadmos,

sinon il te tuera,


Frappe à la tête, casse-lui les dents ;

avec l’araire, creuse un sillon

et puis enfouis-les dedans. »

Ainsi fit-il et le Dragon


ne résista pas à Cadmos

et ses dents devinrent des graines.

Qui eût cru que de ces bouts d’os

Naîtraient des récoltes prochaines ?


Or il advint ce prodige incroyable

que les mottes, bientôt, se soulevèrent

et qu’il sortit de terre un formidable

massif de tiges et de pointes de fer


Puis sous cette végétation de lances - fleurs

les cimiers,  les aigrettes et les casques apparurent

Se balançant sous les panaches de couleurs,

les têtes et les bouches essayant des murmures


Puis les épaules, les poitrines bardées d’airain,

les bras chargés de traits, de javelots, de glaives,

De boucliers bombés frappés avec entrain,

et les jambes enfin s’arrachant à la glaise


La déesse aux yeux pers se réjouit dans son cœur,

de voir cette moisson d’hoplites sortir de terre

et marcher à grands pas, et entonner en chœur

le péan de la Paix armée défiant la Guerre


Le ciel d’azur fait place à la nuée épaisse

et le gris de Lorraine fond l’ocre de la Grèce

La scène cependant s’obscurcit tout à coup,

les soldats ne marchent plus au pas, ne chantent plus

en mesure et puis ne chantent plus du tout et leurs corps se penchent vers la terre, il a plu


D’abord on peut voir les godillots qu’elle aspire

avec un bruit de succion, puis les molletières

qui se déroulent et qui dans la boue se déchirent

comme pour mieux prendre racine entre les pierres


et puis la capote, à son tour, s’ensevelit,

entraînant avec elle ceinturon et giberne,

et le barda et la gamelle. Et dans la nuit,

luit l’œil horrifié du poilu que la mort cerne ;


La bouche s’empli de terre et le regard s’éteint.

Le casque à son tour disparaît avec la tête,

et il ne reste plus pour braver le Destin

que la terrible floraison des baïonnettes


Et, par-dessus, le roulement d’enfer

du bombardement et de la mitraille,

le déballage de feu et de fer

jetés dans la gueule de la Bataille.


Et puis les éclairs fulgurants

qui illuminent Douaumont

après Vaux, successivement,

et Bezonvaux, et Louvemont,


pendant que au Mort-Homme

par les tirs arasés,

le Dragon sur les hommes,

crache ses dents d’acier,


cravaché par le dieu

enveloppé d’airain,

la mort aux yeux,

le fer aux mains,


l’insatiable

à la table

des combats


- Mais qui est-ce

Pallas,

ô Déesse ?

- Hélas,

c’est Arès…





2


Ode martiale (1915)

Fernando Pessoa

(écrit sous l’hétéronyme Alvaro de Campos )


Innombrable fleuve sans eau – rien que des êtres et des choses,

Sans eau à donner le frisson !


À mon oreille retentissent des tambours lointains

Et je ne sais si je vois le fleuve et si j’entends les tambours,

Comme si je ne pouvais entendre et voir en même temps !


Holaho ! Holaho !


La machine à coudre de la pauvre veuve tuée à coups de baïonnette…

Elle cousait le soir interminablement…

La table où jouaient les vieux parents,


Tout mélangé, tout brassé avec des corps, avec des sangs divers,

En un seul flot, un seul courant, une seule épouvante.


Holaho ! Holaho !


J’ai déterré le jouet d’un enfant, un petit train mécanique qu’on avait piétiné au milieu du chemin,

Et j’ai pleuré, comme toutes les mères du monde sur l’horreur de la vie.

De mes pieds panthéistes j’ai cogné la machine à coudre de la veuve qu’on a tuée à coups de baïonnette.

Et ce pauvre instrument de paix m’a percé le cœur d’une lance.


Oui c’est moi qui fus coupable de tout, c’est moi qui fus à moi seul tous les soldats,

Moi qui ai tué, violé, brûlé, fracassé,

C’est moi avec ma honte et mon remords à l’ombre difforme.

Ils arpentent le monde entier ainsi qu’Ahasvérus,

Mais derrière mes pas résonnent des pas de la dimension de l’infini.


Une terreur physique de trouver Dieu me fait tout à coup fermer les yeux.


Christ absurde de l’expiation de tous les crimes et de toutes les violences,

Ma croix est au-dedans de moi, farouche, brûlante, homicide

Et tout meurtrit mon âme vaste comme un Univers.


J’ai arraché le pauvre jouet des mains de l’enfant et je l’ai cogné.

Ses yeux effrayés – les yeux du fils que j’aurais peut-être et qu’on tuera aussi –

M’ont imploré aveuglément comme toute pitié du genre humain.


De la chambre de la vieille j’ai arraché le portrait du fils et je l’ai lacéré ;

Elle pétrifiée de peur, sans rien faire a pleuré…

J’ai senti tout à coup qu’elle était ma mère et le souffle de Dieu m’a parcouru l’échine.


J’ai mis en pièces la machine à coudre de la veuve pauvre.

Elle pleurait dans un coin sans penser à la machine à coudre.

Se peut-il qu’il y ait un autre monde où je doive avoir une fille vouée au veuvage et aux mêmes calamités ?


J’ai capitaine, fait fusiller les campagnards épouvantés,

J’ai laissé violer la fille de tous les pères ligotés à des troncs d’arbre,

Et maintenant je vois que c’est à l’intime de mon cœur que tout cela c’est passé,

Et tout brûle et suffoque et je ne puis bouger sans que tout recommence identiquement.

Dieu, aie pitié de moi qui n’ai eu pitié de personne !



3


O échanson, D’après les Odes mystiques de Djalâl ud-Dîn Rûmî

(poète persan, 1207 - 1273)


O échanson, mon cœur saigne

Ne chante plus l’amour

Autre chose, si tu veux


O âme du monde

J’ai perdu et l’âme et le monde

Ne chante plus l’amour


O lune,

J’ai perdu et la terre et le ciel

Ne chante plus l’amour


Remplis de vin ma coupe

Car j’ignore si j’exhalerai ce souffle que j’inspire

Ne la mets pas dans ma main

Porte-là à ma bouche

Car enivré de toi, j’ai perdu la raison



4


La victoire de Guernica, Paul Eluard

(poète français; 1895 - 1952)


Beau monde des masures

De la mine et des champs


Visages bons au feu visages bons au froid

Aux refus de la nuit aux injures aux coups


Visages bons à tout

Voici le vide qui vous fixe

Votre mort va servir d'exemple


La mort cœur renversé


Ils vous ont fait payer le pain

Le ciel la terre l'eau le sommeil

Et la misère

De votre vie


Ils disaient désirer la bonne intelligence

Ils rationnaient les forts jugeaient les fous

Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux

Ils saluaient les cadavres

Ils s'accablaient de politesses


Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas

de notre monde


Les femmes les enfants ont le même trésor

De feuilles vertes de printemps et de lait pur

Et de durée

Dans leurs yeux purs


Les femmes les enfants ont le même trésor

Dans les yeux

Les hommes le défendent comme ils peuvent


Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges

Dans les yeux

Chacun montre son sang


La peur et le courage de vivre et de mourir

La mort si difficile et si facile


Hommes pour qui ce trésor fut chanté

Hommes pour qui ce trésor fut gâché


Hommes réels pour qui le désespoir

Alimente le feu dévorant de l'espoir

Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir


Parias la mort la terre et la hideur

De nos ennemis ont la couleur

Monotone de notre nuit

Nous en aurons raison.



5


Fleurs d'été  Natsu no hana, de Tamiki Hara (1947)

(romancier et poète japonais, 1905 - 1952)


Débris étincelants

Cendres claires

S'étirent en un vrai paysage.

Qui sont ces corps brûlés aux chairs à vif.

Rythme étrange des corps d'hommes morts.

Tout cela exista-t-il ?

Tout cela a-t-il pu exister ?

Un instant et reste un monde écorché vif.

A côté des trains renversés.

Le gonflement des carcasses de chevaux.

L'odeur des fils électriques qui peu à peu se consument en fumant...




6


Je ne suis pas le fils d’un roi, Antara Ibn Chadded el'Absi (Antar)

(poète arabe pré-islamique, environ 525 - 615)


Je ne suis pas le fils d’un roi

Je ne suis pas le chef d’une tribu

Je suis un esclave


Je suis fils de mon épée

Je lui dois toute ma noblesse

Et ma liberté


Les plis nobles guerriers tremblent devant moi

Quand j’arme mon bras

Ma lance et mon épée m’élèveront au faite de la gloire


J’étancherai ma soif avec du vin

Du vin aussi vieux que le monde


J’écouterai la chanson qui me charme

Seule égale au bruit des armes

Antara, voici le nom que l’on redoute dans le combat

Je respire la guerre


Je détruis mes ennemis

Je les frappe du tranchant de l’épée

Je respire la guerre


Je chevaucherai loin d’ici

Je m’éloignerai des tentes

Je partirai loin dans le désert

Dès la nuit, j’irai devant moi

Je ne suivrai aucune route, aucun chemin

Je partirai seul, sans amis, sans compagnons


Une lance, une épée m’ont tenu lieu de berceau

Et de jouets pendant toute mon enfance


Non, pas le fils d’un roi

Un esclave

7


Maurice Faës, L’Annonciation


A contrelune, l’ange Gabriel peigne du bout de ses ailes le bleu de la nuit

et la mousse de ses cheveux blonds auréole de lumière son visage invisible.

Il se pose sur le péristyle léger de San Marco

et ses ailes qui battent encore un peu bruissent et répandent les parfums de la nuit.

Il s’incline devant Marie assise et Marie du même geste étoile de ses longs doigts blancs

son ventre et ses seins qui palpitent comme les flancs de jeunes faons, les jumeaux d’une gazelle


Ne crains point Marie car tu as trouvé grâce devant Dieu,

tu deviendras enceinte et tu enfanteras un fils et il sera le fils de Dieu et son règne n’aura pas de fin


Comment cela se fera-t-il  puisque je ne connais point d’homme ? je suis un jardin fermé, une fontaine scellée


Le Saint esprit viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre


pourquoi le Très Haut a-t-il choisi la plus humble de ses servantes ,


N’en crois rien Marie, tu es un lis au milieu des épines,

derrière ton voile tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres suspendues aux flancs de la montagne de Galaad

derrière ton voile ton cou est comme la tour de David, une tour d’ivoire


ô mon ange, ô mon Tristan, ne réveille pas l’amour, attend que je le veuille


ô Marie, voici l’hiver est passé, les fleurs paraissent sur la terre,

le temps de chanter est arrivé et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes,

les vignes en fleur exhalent leur parfum

lève-toi mon amie

lève-toi ma colombe et viens

ta taille ressemble au palmier, tes yeux sont des colombes

ils sont comme les étangs de Hesbon


ô mon ange, ô mon chevalier à la rose

ne réveille pas l’amour, attend que je le veuille


ô mon bien aimé blanc et vermeil

tu es comme une grappe de troène des vignes d’En Guédi,

tes boucles sont flottantes, tes yeux sont comme des colombes au bord du ruisseau,

tes joues sont comme un parterre d’aromates


ô Marie, ô ma fiancée, tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues qui remontent de l’abreuvoir,

toutes portent des jumeaux, aucune d’elle n’est stérile

tes lèvres distillent le miel, il y a sous ta langue du miel et du lait,

ta joue est comme une moitié de grenade et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban


ô mon ange, ô mon Hermès, mon bien aimé est comme un pionnier au milieu des arbres de la forêt,

mon fiancé est pour moi un bouquet de myrte qui repose entre mes seins,

son fruit est doux à mon palais, ses lèvres sont des lys d’où coule la myrrhe,

son corps est de l’ivoire poli, ses jambes sont des colonnes de marbre blanc


ne réveille pas, ne réveille pas encore


ô Marie, ô Madeleine, les contours de ta hanche sont comme des collines

ton sein est une coupe arrondie où le vin parfumé ne manque pas


ô mon ange, ô mon Siegfried, ô mon messager d’amour

ô mon ange, ô mon Siegfried, ô mon soleil levant, réveille-moi, réveille-moi, je le veux


la bannière que tu déploies sur moi, c’est l’amour,

que mon bien aimé entre dans mon jardin et que les parfums s’en exhalent


réveille-moi,

réveille-moi, je le veux


que mon bien aimé entre dans mon jardin

et qu’il mange de ses fruits excellents

enivrons-nous d’amour

mets-moi comme un sceau sur ton cœur

car l’amour est fort comme la mort







Ecoutez le choeur Chorea, enregistré en concert par Jean-Paul Delarbre :

L’Annonciation     

                                Ode martiale                       
                                                                    Débris étincelants              

Je ne suis pas le fils d’un roi    

                                La victoire de Guernica                
                                   
                                                                    O échanson                                                                                 
                                         




7 chants pour choeur mixte et piano... 7 poètes...

6 : Antara Ibn Chadded el’Absi, Tamiki Hara, Paul Eluard, Djalal-ud-Din Rumiî, Fernando Pessoa et Maurice Faes.
+ 1 : Gilles Duhaut, 
dont les poèmes ont été spécialement composés pour ce spectacle
Composition et direction : Olivier Faes 
Piano : Mélanie Renaud
Percussion : Balthazar Serna
Choeur mixte : Chorea
Régie son : Raphaëlle Jimenez


Pour rejoindre l’ensemble, il n’est pas nécessaire de lire la musique. Grâce au travail exigeant du chœur, chaque année un spectacle de qualité est proposé au public. Un stage de chant avec un professionnel est compris dans la cotisation à l’association. N’hésitez pas à vous renseigner au 06 28 73 50 85, ou à l’adresse suivante :

chorea@ouvaton.org




Voici les textes que j’ai mis en musique :
mailto:chorea@ouvaton.orgmailto:chorea@ouvaton.orghttps://youtu.be/-kF_ndvNUSchttps://youtu.be/4aFlZA-mdhwhttps://youtu.be/tFKID0lc2Kkhttps://youtu.be/qIuPc1b7zWYhttps://youtu.be/o7axdNOFo3Ihttps://youtu.be/_7NYK3Zt3Xoshapeimage_2_link_0shapeimage_2_link_1